Profil d’un acteur du changement : Le bureau des conférenciers – table ronde de Hamilton pour la réduction de la pauvreté

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Nous nous sommes entretenus avec Jennifer Chivers et Naseem Saeed Sherwani, de la table ronde de Hamilton pour la réduction de la pauvreté, pour parler des efforts déployés par le bureau des conférenciers pour créer des communautés inclusives. Notre entretien a eu lieu lors de la dernière journée d’activités du sommet Cities Reducing Poverty: When Business is Engaged, de Vibrant Communities Canada, qui s’est tenu à Hamilton, en Ontario, du 4 au 6 avril 2017.

La table ronde vise à faire de Hamilton le meilleur endroit pour élever un enfant. Pour atteindre cet objectif, ses participants plaident en faveur d’un changement de politique et animent des discussions sur la pauvreté. Au nombre de ses partenaires, qui viennent des quatre coins de Hamilton, figurent des leaders du secteur des affaires et du secteur sans but lucratif (Hamilton Chamber of Commerce et Hamilton Community Foundation), le gouvernement (Ville de Hamilton) ainsi que des personnes qui vivent la pauvreté au quotidien.

Le bureau des conférenciers, appelé Speak Now, est une initiative de la table ronde, plus précisément du groupe de travail sur le changement des mentalités. Il offre à ses membres une plateforme qui leur permet de partager leurs expériences sur la pauvreté et l’exclusion. Les membres du groupe de travail se sont rendu compte qu’il existe, au sein de notre communauté, des personnes qui savent ce qu’est la pauvreté. Inutile de les convaincre à quel point ces personnes souffrent et sont marginalisées. Cependant, il existe aussi des gens qui préfèrent se mettre la tête dans le sable et nier que le problème est réel et qu’ils peuvent faire partie de la solution. Quelque part se trouvent des gens prêts à écouter les participants de la table ronde et à garder leur cœur et leur esprit ouverts. Voilà où s’ouvre la possibilité de changer les mentalités. Les résidents ont été invités à se présenter et à partager leur expérience de la pauvreté afin de déconstruire les stéréotypes.Les récits sont au cœur du travail du bureau des conférenciers. Ils lui permettent de mieux comprendre ce que vivent les gens frappés par la pauvreté, de tisser des liens et de changer les mentalités à l’égard de la pauvreté, ce qui est essentiel au travail de la table ronde. Il est possible de changer les mentalités au sein des organisations communautaires ainsi que des secteurs public et privé, en faisant valoir aux parties intéressées les avantages qu’elles peuvent en tirer pour elles-mêmes et pour leur communauté.

Au fil du temps, les membres du bureau des conférenciers ont acquis les connaissances et la confiance nécessaires pour se joindre à des conseils et à des comités. Par exemple, un des membres siège maintenant au conseil d’administration de la Clinique juridique communautaire de Hamilton. D’autres membres sont retournés aux études, par exemple pour suivre une formation professionnelle ou obtenir un diplôme d’études supérieur. De plus, les membres du bureau ont pris la parole au cours de 200 activités différentes, afin de partager leurs récits et d’établir un lien entre la pauvreté et d’autres sujets, comme le chômage, l’immigration et les soins de santé. Naseem a vécu la pauvreté lorsqu’elle a eu de la difficulté à trouver un emploi malgré ses compétences professionnelles et son diplôme universitaire. Depuis ses débuts au bureau des conférenciers, elle est devenue une conférencière chevronnée. Aujourd’hui, elle se montre confiante dans ses discours. Elle a été nommée responsable des communications avec les participants de la table ronde par ses anciens collègues. Naseem s’entretient directement avec eux, puis fait part de leurs inquiétudes à Jennifer pendant la table ronde. Elle en est venue à jouer un rôle de conseillère concernant les relations entre les participants de la table ronde et les membres du bureau des conférenciers.

Naseem incarne l’enthousiasme des membres du bureau des conférenciers et leur volonté de prendre part à une action élargie visant à améliorer le bien-être de la société. Lors de notre conversation, Naseem et Jennifer ont raconté l’histoire d’un membre atteint de troubles de santé mentale. Ce dernier a retrouvé force et confiance grâce à la formation du bureau des conférenciers, en plus de mettre sur pied des lieux d’échange sur le logement pour les personnes atteintes de troubles de santé mentale. Les membres du bureau des conférenciers sont des personnes hautement productives et motivées, mais le manque de possibilités d’emploi et de soutien social les empêche de sortir de la pauvreté. Naseem a souligné que certains immigrants occupent des emplois précaires et n’ont pas assez d’occasions de croissance professionnelle, même s’ils ont déjà travaillé au Canada.

Nous avons demandé à Jennifer et à Naseem de définir la pauvreté à la lumière de leur travail quotidien au bureau des conférenciers. Pour elles, il s’agit d’une injustice créée par l’humain qui peut être corrigée et éradiquée par l’humain. La pauvreté peut s’apparenter à un crime, car les victimes sont dépouillées de leur droit au bien-être. L’éradication de la pauvreté, c’est l’accès universel à un logement décent, à un apport calorique adéquat et à des services de santé. Les récits jouent un rôle clé dans la compréhension de la pauvreté, car ils fournissent les données qualitatives nécessaires pour opérer un changement de politique.

Notre conversation s’est terminée sur quatre leçons à retenir pour favoriser l’écoute menant au changement transformationnel :

  • Un animateur bien formé qui sait écouter peut faire toute la différence au moment de mettre sur pied un bureau de conférenciers.
  • L’écoute, c’est le fait de filtrer les émotions afin d’entendre les mots et de comprendre la réalité des personnes exclues.
  • L’animation, c’est la compréhension de la dynamique humaine des interactions. Les idées jaillissent lorsqu’on permet aux gens de s’exprimer dans un environnement sécuritaire et organique. Chacun devient porte-parole.
  • Il existe plus d’une façon d’écouter, car chacun communique différemment : par le jeu, la peinture, la vidéo, la photographie, l’écriture, etc.

Remarque : Le 4 avril 2017, la table ronde de Hamilton pour la réduction de la pauvreté a obtenu le prix Leadership in Poverty Reduction pour son travail remarquable au sein de sa communauté. Pour en apprendre davantage sur les prix Cities Reducing Poverty 2017 de Vibrant Communities Canada, cliquez ici.

À propos de Jennifer Chivers

Jennifer offre du soutien administratif et logistique aux participants de la table ronde, à titre de personne-ressource pour les gens au Canada qui souhaitent en apprendre davantage sur le travail de la table ronde. Elle collabore avec divers partenaires, comme les établissements universitaires, les organisations communautaires et les autorités locales. De plus, elle coordonne le bureau des conférenciers.

À propos de Naseem Saeed Sherwani

Naseem est membre du bureau des conférenciers depuis 2014. Grâce à cette initiative, Naseem a suivi une formation sur l’art oratoire en plus d’avoir eu la chance de donner des conférences sur divers sujets liés à la pauvreté, comme la formation professionnelle, l’immigration et le salaire vital. Elle joue actuellement un rôle consultatif au bureau des conférenciers. De plus, elle aide les membres à trouver des idées ainsi qu’à adapter et à livrer leurs discours.

 

Pour la sécurité alimentaire dans le Nord, l’hydroponie

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Cette poste blogue a été écrite pour la Fondation McConnell. Elle est partagé ici avec permission.

par Elvira Truglia

À la fonte des glaces cet été, deux conteneurs modifiés arriveront à Iqaluit afin de servir de bassin pour la culture hydroponique. Le projet d’hydroponie The Growcer a pour but de réduire l’insécurité alimentaire – ce sera le premier projet du genre de la ville. Il fait partie de ce qu’on appelle le pôle d’innovation du Nord, qui a reçu l’an dernier le premier prix d’innovation civique, un concours visant à promouvoir la collaboration entre villes et universités, financé et organisé par Des villes pour tous et RECODE, deux programmes de McConnell.

« Ce ne sera pas une approche générique », déclare Corey Ellis, Vice-président du développement du chapitre d’Enactus de l’Université d’Ottawa, qui a mené le travail sur The Growcer. « Nous espérons que ces systèmes aident les collectivités à trouver plus facilement des produits frais qui se conservent plus longtemps – pour réduire le prix de certains aliments en plus d’offrir une source d’aliments locaux qui ne dépend pas du temps qu’il fait ou des livraisons par bateau. »

Près de 70 % des ménages inuits du Nunavut souffrent d’insécurité alimentaire – plus de huit fois la moyenne nationale et « parmi les taux les plus élevés jamais documentés pour la population autochtone d’un pays développé ». Enquête sur la santé des Inuits, cité dans la Stratégie sur la sécurité alimentaire du Nunavut et Plan d’action 2014-2016.


Selon le plan, un problème aussi complexe que la sécurité alimentaire exige des solutions complexes. Pour une sécurité alimentaire véritable, il faut tenir compte de facteurs tels que la disponibilité (assez de gibier sur le territoire, de nourriture au magasin), l’accessibilité (assez d’argent pour acheter le matériel de chasse ou la nourriture du magasin), la qualité (des aliments ayant une valeur nutritive et culturelle) et l’utilisation (les connaissances permettant de se procurer, de conserver, de préparer et de consommer les aliments)

La technologie comme outil

L’hydroponie est une technologie éprouvée. L’innovation particulière de The Growcer, c’est d’utiliser dans le Nord des conteneurs transformés en fermes modulaires. Les plantes reçoivent les mêmes nutriments que dans le sol et tout est naturel – pas d’herbicides ni de pesticides.

« Nous cultivons des aliments dans un milieu vraiment dense », explique Ellis. « Cela nous permet de cultiver chaque année environ 9300 livres de produits dans un conteneur, en utilisant 91 % moins d’eau qu’une ferme agricole classique – tout ça dans des températures qui frôlent parfois les 52 degrés sous zéro. »

Photos des systèmes déployés par les filiales américaines de The Growcer, Vertical Harvest, dans des régions éloignées de l’Alaska.

 

On peut cultiver une pomme de laitue pour à peu près 2 $ et les unités hydroponiques peuvent en produire environ 750 par semaine. Ellis explique qu’il y aura en tout temps environ 2100 plantes vivantes dans les unités. Selon lui, l’introduction d’aliments frais cultivés localement offre d’énormes possibilités.

Enactus veut réduire le coût des aliments de 30 % tout en faisant mieux que les prix subventionnés (à 50 %) des aliments importés. Mais l’organisation étudiante à l’Université d’Ottawa ne tient rien pour acquis et veut mesurer l’impact de l’accès à des aliments frais en vérifiant à quel point l’offre de produits locaux augmente la consommation d’aliments frais; comment la mise en marché des produits dans les magasins influence les habitudes d’achat; et si l’intégration des produits à des plats traditionnels aide aussi les gens à les préparer.

 

Des organismes locaux ralliés autour du pôle d’innovation du Nord

Enactus tente de pérenniser l’impact en travaillant étroitement avec des organismes locaux. Un élément clé est le partenariat avec le campus ilinniapaa, une entreprise de formation et d’emploi. Enactus apporte son savoir-faire entrepreneurial tandis que ilinniapaa veille à ancrer le projet dans les réalités locales.

« Le plus gros choc pour quiconque vient du Sud afin d’offrir un programme est sans doute que dans le Nord, tout prend deux fois plus de temps », dit Helen Roos, présidente et principale facilitatrice de ilinnipaa. « [Le temps] non seulement de tisser des liens et de bâtir la confiance, mais aussi de travailler avec les titulaires du programme à leurs conditions et à leur niveau. »

Cofondateurs de The Growcer, Corey Ellis et Alida Burke

 

Le partenariat avec ilinniapaa signifie qu’Enactus aura un espace matériel avec ordinateurs, accès Internet et salle de réunion – un rare privilège dans le Nord. La connaissance de la collectivité offerte par ilinniapaa donne aussi au projet sa légitimité sociale.

« Il nous est arrivé d’agir comme consultants et conseillers locaux auprès des gens d’Enactus, pour les former aux réalités sociales et socioéconomiques d’ici », ajoute Roos, qui note également que le développement communautaire est difficile parce que « le traumatisme intergénérationnel découlant des politiques fédérales et de la relocalisation a exercé un impact sur la vie quotidienne des populations autochtones ».

La formation des membres d’Enactus touche divers domaines : formation à la prévention du suicide SAFETALK, santé mentale, premiers soins, soutien des apprenants ayant des problèmes de dépendance, des problèmes familiaux ou d’autres problèmes du milieu qui exercent un impact sur leur apprentissage et leur progression dans les programmes.

« Nous considérons les possibilités d’entrepreneuriat comme une véritable chance pour les gens de trouver un créneau, de l’occuper, de développer leur autodétermination et de contribuer à la vie de la collectivité », explique Roos.

Le projet The Growcer semble offrir toutes ces caractéristiques. Un partenaire majeur du projet est la Nunavummi Disabilities Makinnasuaqttit Society (NDMS), un organisme de services aux personnes handicapées. Dans la phase d’amorçage, Enactus offrira les produits au prix coûtant pour faciliter le décollage, en plus d’offrir une formation en cours d’emploi aux membres de la société.

 

Évolution du pôle d’innovation du Nord

The Growcer est l’une des premières idées – et l’une des plus avancées – du pôle d’innovation du Nord, qui se veut « un guichet unique qui sert à l’incubation, à la création et au lancement des idées novatrices dans la ville », explique Ellis. Les idées issues du pôle abordent les problèmes et les possibilités en matière de logement, d’emploi, d’entrepreneuriat et de sécurité alimentaire.

 

Roos voit le pôle d’innovation d’un œil optimiste. Elle dit que pour réussir dans le Nord, les projets doivent réinvestir dans la collectivité. « [Cela] s’accorde aux valeurs sociales des Inuits, qui sont toutes liées au rôle et à la raison d’être de l’individu, aux bénéfices qui en découlent pour la famille et à la façon dont la famille soutient la collectivité. »

On considère que les grosses entreprises viennent prendre des ressources locales pour engranger leurs profits dans le Sud, tandis que « l’entreprise sociale et les approches novatrices, comme la serre hydroponique, sont adaptées à la plus petite entreprise et perçues comme bénéfiques pour la collectivité », déclare Roos.

« La technologie a toujours été un moyen en vue d’une fin. C’est pour cela que même aujourd’hui, nous ne nous limitons pas à l’hydroponie ou à la production alimentaire – ce qui nous définit, ce sont les problèmes à résoudre et notre façon de les résoudre », conclut Ellis.

 

 

Elvira Truglia est une journaliste montréalaise qui écrit sur la confluence entre culture, politique et enjeux sociaux. Elle a aussi travaillé dans le secteur communautaire, les médias et le monde culturel, ainsi que dans des organismes non gouvernementaux d’envergure nationale et internationale.

Le présent article peut être reproduit sans frais par les organismes sans but lucratif et les fondations, en mentionnant la source. L’auteur conserve ses droits d’auteur. Cliquez ici pour en savoir plus ou écrivez à la Fondation McConnell à : communications@mcconnellfoundation.ca.

Les villes, des biens communs : une vision, des ressources et un pouvoir partagés

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Par Alex Gillis

Les entreprises de partage comme Uber et Airbnb nous permettent de nous déplacer, de louer des maisons et d’embaucher des gens pour accomplir des tâches quotidiennes. Mais s’agit‑il vraiment de partage?

Selon Julian Agyeman, coauteur du livre Sharing Cities et professeur en politique et en aménagement urbains et environnementaux à l’Université Tufts, aux États‑Unis, les entreprises de partage ont la même ambition que les sociétés de capital-risque : elles ne cherchent plus à favoriser le partage, mais plutôt à réaliser d’importants bénéfices et à exploiter des travailleurs et des quartiers.

Le mois dernier, à Evergreen Brick Works, à Toronto, M. Agyeman a parlé des véritables entreprises de partage, qui sont fondées, selon lui, sur une durabilité équitable qui conjugue égalité des êtres humains et enjeux environnementaux de même que justice sociale et durabilité de l’environnement. Il comptait parmi les quatre experts internationaux présents à un événement organisé par Evergreen et La fondation de la famille J.W. McConnell dans le cadre de son initiative Des villes pour tous, qui vise à favoriser des villes inclusives, novatrices et résilientes.

Toujours selon M. Agyeman, il faut aller au-delà de l’idée d’économie du partage pour explorer des approches qui sont axées sur la culture et la politique plutôt que sur le commerce et l’économie, et qui s’inspirent de notre conception générale des biens urbains communs affectés. Il croit que les biens urbains communs connaissent un recul. Internet, par exemple, serait un bien commun menacé. M. Agyeman soutient que nous avons besoin de la neutralité du réseau Internet.

Le concept de « biens communs » est apparu 800 ans avant l’arrivée d’Internet, mais il est toujours aussi révolutionnaire qu’à ses débuts. Les biens communs désignent des lieux et des ressources qui peuvent être partagés par tous. Ce principe a toujours été contraire à la privatisation et à la marchandisation des lieux et des ressources. L’origine du concept de biens communs remonte à la Magna Carta et à la Charte de la forêt, toutes deux rédigées au 13e siècle pour atténuer la famine et la souffrance causées par l’appropriation des forêts et des rivières par la noblesse.

Plus tard, dans l’Angleterre des années 1600, le concept de biens communs a refait surface après que des roturiers eurent défié les puissantes élites qui avaient clôturé d’immenses parcelles de terrain à des fins privées. Ce conflit sanglant a mené à la décapitation du roi d’Angleterre et au déclenchement de la guerre civile anglaise.

Aujourd’hui, l’idée de biens communs connaît un regain d’intérêt et revêt un nouveau sens.

Selon l’article The City as a Commons de Sheila R. Foster et de Christian Iaione, les connaissances communes, les cultures communes, les infrastructures communes et les quartiers communs sont des exemples de nouveaux biens communs. Dans l’article, les auteurs affirment que les habitants ont le droit à leur ville, c’est‑à-dire qu’ils ont le droit de participer à la création de leur ville et d’utiliser ses ressources collectives tangibles et intangibles, comme les rues, les parcs, les jardins communautaires, les espaces verts et les zones d’affaires et communautaires en voie d’organisation.

Mme Foster et M. Iaione proposent de nouveaux modèles de gouvernance qui permettraient aux villes de promouvoir un processus décisionnel inclusif et la distribution équitable des ressources aux groupes vulnérables et privés de leurs droits.

Les villes ont besoin de ces nouveaux modèles pour faire face aux nouveaux problèmes urbains. On s’attend à ce que les deux tiers de la population mondiale vivent dans les villes d’ici 2050, une augmentation massive par rapport aux taux actuels. La migration, l’urbanisme, les changements climatiques, les conflits violents et les inégalités sont des défis de taille au 21e siècle.

Compte tenu de ces problèmes majeurs, comment pouvons-nous créer des villes intelligentes où le partage est valorisé? La réponse se trouve dans les réseaux d’innovation en milieu urbain. Des modèles qui ont fait leurs preuves en Colombie, au Royaume‑Uni, aux États‑Unis, en Italie, en Allemagne et aux Pays‑Bas servent d’exemples à des villes canadiennes. Inspiré par ces modèles, le gouvernement fédéral a décidé d’investir 300 millions de dollars dans un fonds pour le défi des villes intelligentes.

L’initiative Participatory City au Royaume‑Uni est l’un de ces modèles. Selon Tessy Britton, fondatrice de Participatory City dont l’équipe travaille depuis sept ans à la recherche et au prototypage de nouvelles façons d’encourager la participation pratique, ces projets permettent aux gens de collaborer à la mise en pratique d’idées pour rendre leurs quartiers plus intéressants, agréables et viables sur les plans social, économique et environnemental.

À l’occasion de l’événement d’Evergreen, Mme Britton a expliqué que les citoyens et leur créativité sont au cœur du principe de ville en tant que bien commun, et que les petits échanges amicaux créent des réseaux de coopération fondamentaux pour un avenir durable. Participatory City vise essentiellement à remanier ou à restructurer les systèmes de façon à favoriser la participation concrète de la population au quotidien. Selon Mme Britton, l’initiative a donné naissance à une plateforme de biens communs.

Le prochain projet de Participatory City ciblera un quartier de 200 000 habitants dans le nord-est de Londres. Mme Britton a affirmé que ce quartier occupe le neuvième rang des régions les plus pauvres du Royaume‑Uni, et que la pauvreté y est généralisée, contrairement à d’autres endroits où des personnes défavorisées côtoient des personnes issues de la classe moyenne. L’équipe de Participatory City espère recueillir 7 millions de dollars en cinq ans pour financer 360 projets.

Mme Britton a expliqué que les habitants des régions visées auront chaque semaine 70 occasions d’échanger ou de coopérer avec des voisins, que ce soit pour cuisiner, jardiner, apprendre, réparer, offrir des services ou effectuer des tâches quotidiennes. Ainsi, les réseaux d’innovation en milieu urbain deviendront monnaie courante. Mme Britton a dit que pour intégrer et intensifier la participation, il faut la rendre attrayante, accessible, pratique et avantageuse; chaque action doit profiter à tous ceux qui y participent.

Mme Britton a ajouté que ces quartiers seront créés par tous ceux qui y vivent, non pas au prix d’efforts héroïques ou extraordinaires, mais simplement par l’accomplissement de nombreuses tâches quotidiennes en groupe, plutôt qu’individuellement.

Dans le même ordre d’idées, Julian Agyeman a expliqué qu’il existe quatre conditions pour assurer une durabilité équitable : améliorer notre qualité de vie et notre bien-être, répondre aux besoins des générations actuelles et à venir, garantir la justice et l’équité en ce qui concerne la reconnaissance, les processus, les méthodes et les résultats, et vivre dans le cadre d’un écosystème.

 

Medellin, Colombia

Agyeman a déclaré que la redéfinition du partage et le regain d’intérêt pour le concept pourraient promouvoir l’équité, aider à reconstruire les communautés et réduire considérablement l’utilisation des ressources. Il a proposé de combiner l’espace virtuel et l’espace réel pour élaborer des plateformes qui favorisent l’équité. Il a donné l’exemple de Medellín, en Colombie, où l’on a créé des biens urbains communs en améliorant l’accessibilité des quartiers pauvres, en aménageant des parcs de bibliothèque qui offrent un accès gratuit à la bande passante, et en mettant sur pied d’autres initiatives novatrices ciblées dans la ville. Plus important encore, la ville établit son budget en grande partie grâce à un processus participatif.

En Italie, le LABoratory for the GOVernance of Commons (LabGov) est un organisme qui forme annuellement une trentaine d’étudiants et d’experts en gouvernance des biens urbains communs. Il met l’accent sur les partenariats entre les citoyens, les organisations non gouvernementales, les administrations publiques, les entreprises locales et les communautés qui se partagent de maigres ressources et s’occupent des biens communs en milieu urbain, qu’ils soient tangibles ou intangibles. LabGov dirige une initiative dans la ville de Bologne, en Italie, visant à encourager le développement d’une ville partagée où les routes urbaines sont des biens communs. En outre, il travaille à la mise sur pied d’une agence chargée des biens communs industriels et culturels. Au cours de la deuxième phase, les citoyens auront l’occasion d’entreprendre des projets dans la ville.

Aux États‑Unis, Living Cities et Reimagining the Civic Commons intègrent des concepts novateurs de biens communs. Living Cities est un organisme qui collabore avec des citoyens influents de diverses disciplines dans quelque 40 villes américaines afin de trouver de nouvelles façons d’améliorer le bien-être des personnes à faible revenu. Reimagining the Civic Commons est une initiative qui lutte contre la fragmentation économique et sociale dans les villes par la revitalisation des espaces publics, comme les parcs, les esplanades, les sentiers et les bibliothèques, afin d’y rassembler des gens de différents milieux.

Au Canada, la prochaine phase de l’initiative Des villes pour tous consiste à travailler avec des partenaires pour mettre sur pied un réseau des villes de l’avenir, un projet collaboratif ayant pour but d’établir un lien entre les plaques tournantes actuelles et émergentes de Toronto, de Montréal et d’autres villes. Cette collaboration entre de multiples partenaires, dont La fondation de la famille J.W. McConnell et Evergreen, vise à mettre en commun et à coordonner des occasions d’apprentissage et des investissements substantiels dans les années à venir. La construction du centre torontois du réseau, le Future Cities Centre, est déjà en cours à Evergreen Brick Works.

Journaliste d’enquête et auteur, Alex Gillis a collaboré avec plusieurs publications importantes au Canada. Il a aussi travaillé avec des organismes communautaires et des organismes de développement international.

 

 

 

Pourquoi un voyage d’études à Boston?

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À Boston, on trouve des projets d’avant-garde d’entrepreneuriat social (EforAll, le MassChallenge); de revitalisation des quartiers et d’innovation citoyenne (The Mayor’s Office of New Urban Mechanics, Dudley Street Neighborhood Initiative, Roxbury Innovation Center); et de participation des jeunes à l’innovation sociale (YouthBuild, DesignX-MIT et Mission Hill School). La ville inspire aussi des praticiens ayant fait des recherches poussées dans le domaine de la viabilité, des villes intelligentes et de l’inclusion. Boston est plus qu’un pôle d’innovation sociale, c’est l’une des villes les plus cosmopolites des É.-U. Des rues historiques de Cambridge à deux pas de Boston, aux admirables maisons victoriennes en enfilade de Black Bay, la ville est adaptée à tout un éventail de modes de vie.

Du 14 au 16 novembre 2016, un groupe de 28 innovateurs canadiens a rencontré à Boston des représentants de 13 organismes créateurs du changement et des professeurs de l’Université Harvard, du Massachusetts Institute of Technology et de l’Université Tufts afin d’échanger expertise et points de vue sur la manière de bâtir des villes plus inclusives, plus résilientes et plus innovantes. À partir du postulat que les agents du changement viennent de tous les secteurs et tous les horizons, l’itinéraire pouvait convenir à une panoplie d’intervenants qui participent à la création d’une ville : entrepreneurs, chercheurs, leaders communautaires et membres du secteur privé. Le caractère interdisciplinaire du groupe nous a permis d’aborder des enjeux similaires sous divers angles.

Télécharger le rapport pour en savoir plus. 

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Donner une deuxième vie aux wagons du métro de Montréal et revitaliser l’espace public

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*Image titre de la Société de transport de Montréal: stm.info

 

L’innovation sociale et les villes – Les Jardins Gamelin, Montréal

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Cette poste blogue a été écrite pour la Fondation de la famille J.W. McConnell. Elle est partagé ici avec la permission de l'auteure.

Innovation
Définition: processus d’influence qui conduit au changement social et dont l’effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles.

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Pour qu’il y ait vraiment une innovation sociale au sein de la ville, il doit d’abord y avoir un mariage entre l’innovation économique/technique et l’innovation communautaire, car c’est en grande partie la communauté qui bénéficiera de ces changements. Par la communauté, on n’entend pas seulement les représentants de celle-ci, mais tous ses usagers : les enfants, les jeunes, la population active, la population inactive, les personnes âgées, les handicapés, les nouveaux arrivants, les immigrants et les premières nations. Il importe de bien identifier les besoins.

Pour demeurer dans l’air du temps, l’innovation doit se faire suivant un bon design, que ce soit dans le développement d’outils technologiques permettant de mieux utiliser les infrastructures de la ville, dans l’aménagement d’un lieu ou dans l’amélioration de l’équipement public sur le plan ergonomique. Le défi est alors de composer avec les infrastructures et les systèmes existants, et de savoir en tirer profit. Par exemple, l’aménagement d’un lieu doit tenir compte de sa composante historique, des populations qui le fréquentent ainsi que de l’architecture qui y est déjà implantée. L’innovation ne doit pas se faire aux dépens du patrimoine, mais plutôt s’en inspirer pour mieux comprendre ce qui doit et peut être fait en réponse aux nouveaux besoins.

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Les bâtisseurs de la ville, ce sont les gens qui la pensent, les gens qui la fréquentent, et évidemment, les gens qui l’habitent. Afin de mieux réussir le mouvement de transformation, il faut allier les forces de chacun. Un exemple concret de cette application est l’aménagement des Jardins Gamelin à Montréal, l’été dernier. Au-delà du concept d’aménagement d’un espace public, cette place a été conçue de façon intuitive, tout en tenant compte des besoins de tout le monde. Ce carré, longtemps occupé par une population presque exclusivement itinérante, a su se réinventer et offre maintenant un espace que tout le monde peut fréquenter, et ce, sans pour autant en déloger les sans-abris! C’est désormais un endroit où les gens viennent chanter ou faire du karaoké, relaxer en faisant du yoga et jardiner. On peut y faire pousser des légumes, en plein centre-ville, et en faire une nourriture accessible aux personnes défavorisées. En outre, la connaissance du lieu et de son passé pourra inciter un utilisateur local à informer un touriste de ne pas réveiller un itinérant dormant au soleil, alors qu’il ne nuit à personne, car ce lieu, c’est aussi chez lui…

Finalement, l’innovation sociale doit aussi tenir compte de l’environnement. Les navrantes constatations tirées de la conférence de Paris COP21, sur les changements climatiques à l’échelle de la planète, nous rappellent que l’innovation doit se faire avec le souci de préserver nos ressources, tout en veillant à la réduction de l’empreinte de carbone et en se tournant vers l’énergie renouvelable.

L’innovation sociale dans la ville est une expression souvent galvaudée. Il faut avant tout adopter une vision générale de ce qu’est l’innovation : il faut changer les façons de penser pour modifier nos villes, tout en considérant les besoins, le design et l’environnement. La population prend de plus en plus son droit de parole et se fait écouter. L’innovation passe par la mise en commun des idées et c’est souvent ce qui fait la beauté et l’appréciation de ce qui finit par se réaliser.

La ville, c’est nous: Plan d’action!

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Ça y'est! Après 75 tables rondes rassemblant des citoyen.ne.s dans 35 villes, des centaines d'idées proposées sur le forum en-ligne, et 2500 participants en totale, le Plan d'action La ville, c'est nous est sorti!

Plan d'action

Evergreen CityWorks (initiateur de la campagne) et le Centre d’écologie urbaine de Montréal (responsable de la campagne pour le Québec et le Canada francophone) viennent d'annoncer le lancement du Plan d'action La ville, c'est nous - une expression collective reflétant les caractéristiques des villes que nous voulons.  Téléchargez le plan ici.

Texte du Centre d’écologie urbaine de Montréal:

Le plan d'action La ville, c'est nous est le point de départ d'une conversation à poursuivre. Il met l'accent sur le fait que nous avons tous un rôle à jouer dans la création des espaces de vie. Le plan d'action a pour but d'inspirer et de catalyser l'action locale et nationale, et de poursuivre les efforts déjà entrepris à travers le pays.

Collectivement, nous espérons faire avancer ces idées parce que nous croyons important de favoriser des villes résiliantes, équitables et en santé. Merci de partager le plan d'action La ville, c'est nous dans votre réseau! @ecologieurbaine #Lavillecestnous

Quelle est la suite?

  • Dans les semaines à venir, le plan d'action sera partagé avec le nouveau gouvernement fédéral pour voir comment La ville, c'est nous peut soutenir des opportunités tangibles afin d'édifier les villes que nous voulons.
  • Les partenaires s'engagent à établir des approches collectives pour mettre en oeuvre les idées du plan d'action.
  • Citoyens, passez à l'action! Poursuivez la conversation dans votre milieu, recontactez les participants à votre table ronde ou participez à 100en1jour pour aider à catalyser et initier le changement dans votre ville.

Le corridor écologique Darlington, dans les mots du fondateur Alexandre Beaudoin

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Un corridor vert métropolitain pour créer des milieux de vie et finalement s’adapter aux changements climatiques

Toute cette histoire commence en 2010, alors que les derniers renards du mont Royal semblent avoir été éradiqués.  Cependant, à l’été 2012, deux occurrences sont rapportées par des randonneurs. Mais, d’où ces animaux peuvent-ils bien venir?

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Des renards dans le parc du Mont-Royal? (Image du Montreal Gazette)

Cette situation du renard est malheureusement devenue un fait récurent où l’urbanisation et les activités humaines perturbent l’équilibre de nos écosystèmes affectant, entre autre, notre biodiversité urbaine. Bien que l’effort original mis en place pour la création du Corridor écologique Darlington avait pour but de promouvoir et rehausser la biodiversité urbaine, de nombreux aspects environnementaux contemporains sont venus s’ajouter à ce projet holistique.

Le tracé (du Corridor) proposé, a été réfléchi de manière à favoriser le retour de la faune sur le mont Royal par la création d’un lien entre, parcs urbains, espaces verts et voie de chemin de fer. Au fur et à mesure que ce projet se dessinait, l’idée de répondre à une multiplicité d’enjeux environnementaux, sociaux et même économiques affectant les villes à plus ou moins brève échéance est devenue le cœur même de nos pérégrinations.

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Vue aérienne du corridor écologique Darlington (Image d'Alexandre Beaudoin)

C’est ainsi que le Corridor écologique Darlington s’est transformé pour accorder une place prépondérante à de nombreuses problématiques :

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Les impacts sur les Montréalais à long terme, ne sont pas très différents de ceux qui guettent de nombreuses autres grandes villes nord-américaines. L’augmentation des précipitations et l’état vétuste des infrastructures urbaines représentent déjà, ensemble, un enjeu majeur pour lesquels nous devons tester des pistes de solutions à faible coût. La réduction des îlots de chaleur ou encore la santé du cœur sont d’autres problématiques auxquelles un corridor vivrier et écologique peut répondre, pour autant que le citoyen soit impliqué tout au long des étapes du projet. L’idée étant toujours de créer un milieu de vie AVEC et POUR les citoyens.

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Visualisation d'un milieu convivial et ouvert à de nombreuses activités qui contribuent à un environnement plus sain (Image d'Alexandre Beaudoin)

Ainsi, nous avons développé une manière d’intégrer les préoccupations de la communauté locale et d’exprimer, par des aménagements urbains, une solution qui lui ressemble. À titre d’exemple, lors d’une Table de concertation que nous avons organisée en mai 2015, un élément a été cité plusieurs fois. Il s’agissait de l’augmentation la quantité des surfaces cultivables. Cette demande se heurtait à l’absence d’outils de jardinage et de lieu pour les entreposer. Notre réponse, grâce à l’appui des élus locaux, est l’arrivée d’un cabanon de prêt d’outils au sein d’un parc se trouvant sur le parcours du corridor.

Cela peut paraitre bien banal lors de la la réalisation d’un projet de corridor vert de plusieurs kilomètres au cœur d’une ville de 1,65 millions d’habitants… Cependant, l’appropriation de l’espace et son aménagement par le citoyen est une condition sine qua none pour qu’un projet des civic commons voit le jour. Après tout, les riverains ne sont-ils pas les premiers concernés?

Après l’arrivée de 44 pots géants en culture en 2015 et une mobilisation de dizaines de citoyens, l’année 2016 s’annonce bien chargée avec de nouvelles rencontres citoyennes, des projets allant au-delà des frontières politiques...

Une fois de plus le mont Royal, déjà un emblème de l’écologie urbaine, a permis de repousser les limites de l’aménagement urbain et d’inviter la nature à la rencontre des citadins.

Vue axonomique du corridor Darlington (Image d'Alexandre Beaudoin)

Pour plus d’information : http://durable.umontreal.ca/biodiversite/projet-darlington/

 

Comment passer des crises aux opportunités ? Medellín: laboratoire de l’urbanisme social

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Par Léa Champagne

C’est durant le Forum Urbain Mondial à Medellín en avril dernier que la grande communauté de l’urbain a (re)pris conscience des mutations urbaines hors normes en cours en Colombie, plus particulièrement dans la capitale de la région d’Antioquia, Medellín.

Au début des années 2000, l’iconoclaste Sergio Fajardo prend les reines de la mairie de la capitale et assume dès lors l’avènement de profondes transformations urbaines après plus de 20 ans de violence tenace ; un laboratoire d’innovation sociale voit alors le jour. Et c’est précisément par l’urbanisme social qui fait son chemin sous l’égide de partenariats, basés sur la collaboration et l’interdisciplinarité, qu’il se déploie sur le territoire, largement fragmenté par la pauvreté et sa morphologie unique.

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Photo de Medellín: Léa Champagne

Le concept de processus a été fondamental – et continue de l’être – pour enclencher et mener à terme les projets urbains intégraux (PUI), soit trois types d’interventions propulsés par les nouveaux acteurs de la ville. Elles sont sociales, physiques et institutionnelles, elles doivent offrir une réponse novatrice à la complexité des êtres humains qui habitent et façonnent le territoire, elles sont avant tout holistiques. Depuis la définition du problème jusqu’à la réalisation des projets, la revitalisation des espaces marginalisés est devenue l’affaire de tous; une culture de l’inclusion s’est manifestement imbriquée dans le développement. Au lieu de miser sur la revitalisation du centre-ville, les élus de l’époque Fajardo se sont attaqués aux secteurs défavorisés et déconnectés physiquement des opportunités de la ville en raison de leur emplacement géographique en milieu escarpé et à risque vu la nature instable de l’environnement (glissement de terrain, déforestation, assèchement des cours d’eau). Qui plus est, c’est un investissement majeur dans la qualité de vie et l’équité socioterritoriale qui se voit géré durablement – c’est le troisième pilier du PUI, par un organisme lié à la communauté, afin que les habitants s’approprient la transformation, la préservent et l’amplifient. La coordination des interventions, allant de la structure économique productive au tissu social en passant par les PUI, est en quelque sorte la réponse que l’on cherchait depuis longtemps, raconte le maire sortant, Anibal Gaviria Correa.

Si c’est la réforme de la pensée sous-jacente à la transformation urbaine qui en a fait un modèle singulier de développement urbain, l’éducation à la responsabilité sociale des habitants à travers un questionnement permanent sur le qui, le comment et le pourquoi, par rapport au changement, à l’usage et à la consommation dans la ville, en a constitué le pilier fondateur.

Le dernier-né de cette série de transformations est un projet de corridor vert. Alejandro Echeverri, architecte engagé dans la transformation de l’aire métropolitaine de Medellín, n’a pas peur de dire que « le défi réside dans le changement de paradigme de notre relation à la nature. Elle n’est pas un obstacle au développement urbain, mais plutôt un prérequis pour que celui-ci se déploie harmonieusement »[1]. Plus près de chez nous, pensons à la High Line de New York, et pourquoi pas la route bleue de Montréal (ou celle du Québec) ayant permis la revalorisation des milieux maritimes.

Incluant le territoire, l’équilibre environnemental, les contributions et les expériences des personnes qui l’habitent, soit autant les dimensions objectives que subjectives de l’espace urbain, on a l’impression que quelqu’un a enfin mis à profit les fondements théoriques de la géographie en alliant territoire et société. Je ne peux que me réjouir de ces premiers pas et espérer qu’ils en inspireront d’autres.

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Photo de Medellín: Léa Champagne

[1] Alejandro Echeverri R., « Ilusión », http://www.elcolombiano.com/BancoConocimiento/I/ilusion/ilusion.asp

À propos de l'auteure:

Candidate à la maîtrise en géographie, Léa Champagne a fait des villes son sujet de prédilection. Elle travaille à titre d’agente de recherche au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) et dans le cadre de sa maîtrise en géographie, elle s’intéresse à la participation des citoyens à la planification de l’habitat urbain, plus spécifiquement à la mobilisation des savoirs. Ce billet de blogue a été rédigé à la suite d’un séjour à Medellín en Colombie dans le cadre du 7e Forum urbain mondial des Nations Unies-Habitat. Cette participation a été possible grâce à l’appui du Centre d’écologie urbaine de Montréal.

Medellin : trois coups de coeur.

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By Marianne Carle-Marsan

De la ville la plus dangereuse au monde à celle ayant remporté le titre de la plus innovante en 2013, Medellin se révèle aujourd’hui comme un modèle d’innovation et d’urbanisme social. De quoi passionner les amoureux de la vie urbaine et séduire ceux et celles qui rêvent de villes plus équitables.

Voici trois coups de coeur qu’elle m’a inspirés.

1-Créer du Beau dans la ville
Medellin peut se targuer d’avoir créé « le plus beau, pour les plus humbles », pour reprendre les mots du maire Sergio Fajardo, initiateur de cette métamorphose urbaine. À mon grand étonnement, de véritables chefs oeuvres architecturaux se sont érigés dans des quartiers dégradés, éloignés du centre-ville et jadis, criminalisés. Réponse aux inégalités sociospatiales, et manifestation d’innovation et de créativité, le design urbain a été une priorité pour cultiver l’identité et réaffirmer le sentiment d’appartenance des habitants-es à leur quartier. Ces projets ambitieux ont rendu la communauté attrayante de manière à lui redonner une bonne dose de dignité et de fierté. Coup de coeur, car porteur d’espoir, cet esthétisme m’a rappelé qu’on a souvent tord de sous-estimer le rôle que peut jouer la beauté de l’architecture dans le développement des villes.

2- «Remplacer les fusils par les livres»: les Parcs-bibliothèques

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Parc-bibliothèque España. Crédit: Léa Champagne.

Dans des quartiers informels, longtemps stigmatisés par la violence et la pauvreté, la Ville a construit près d’une dizaine de Parcs-bibliothèques. Ces complexes architecturaux magnifiques comprennent une place publique, une bibliothèque, des espaces culturels et de loisirs, des salles informatiques, des expositions sur la mémoire collective du quartier, un centre d’entrepreneuriat, des ateliers de recherche d’emplois, une garderie, des cours d’aérobie gratuits pour les femmes âgées, etc. Attirant des curieux, des touristes et des résidents de là ou d’ailleurs, ces parcs-bibliothèques deviennent un lieu de rencontre communautaire et un prétexte pour apprendre et vivre-ensemble. Coup de coeur, ces bibliothèques pas comme les autres, sont certainement structurantes pour la citoyenneté et la vie de quartier.

3-L’urbanisme social pour planifier autrement
Apposer le terme « social » à l’urbanisme a quelque chose de réjouissant en soi. Ici, l’aménagement urbain a été envisagé comme un projet de transformations sociales et politiques. Implantée par le maire Sergio Fajardo et son équipe au début des années 2000, cette approche se veut inséparable de programmes sociaux, culturels et éducatifs et de démarches participatives. Des quantités colossales de ressources publiques ont été investies dans les zones les plus pauvres de façon à ce que tous aient les mêmes opportunités. Les acteurs politiques se sont aussi attaqués aux inégalités en mettant en place un système de tarification sociale afin que les moins nantis puissent jouir des musées, des loisirs, du système de métro qu’offre la ville. Mais encore, plusieurs projets de revitalisation urbaine ont pris forme à travers des démarches de budget participatif ou encore des exercices de cartographie sociale donnant ainsi la possibilité de rêver et de définir son quartier. Lorsqu’on pense que Medellin a été la scène de profondes violences et d’inégalités, ces avancées, bien que fragiles, témoignent d’une résilience exceptionnelle et d’une grande volonté politique des acteurs en place à réorganiser, voire inverser leurs priorités. Message clair d’inclusion sociale, de dignité et de citoyenneté pour toutes et tous, l’urbanisme social est un coup de coeur inspirant et tout ça m’apparaît, en quelque sorte, comme une révolution dans la façon de planifier la ville.

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Titulaire d’une maîtrise en géographie, Marianne Carle-Marsan est une passionnée de vie urbaine. Elle s’intéresse aux démarches participatives en matière d’aménagement et au Droit à la ville des femmes et des personnes marginalisées. Ce billet de blogue a été rédigé suite à un séjour à Medellin en Colombie dans le cadre du septième Forum urbain mondial des Nations Unies-Habitat. Cette participation a été possible grâce à l’appui du Centre d’écologie urbaine de Montréal.